Les tendances actuelles

La première caractéristique de la presse destinée aux enfants et aux jeunes est sans aucun doute sa diversité qui en fait un phénomène quasi unique en Europe et dans le monde : diversité des publics visés, des centres d’intérêt abordés, des formes de traitement choisies.


Les publics

Dès les années 60 plusieurs éditeurs s’appuyant sur le développement des sciences humaines ont mis en place une politique de segmentation ou de chaînage qui leur permet de mieux prendre en compte la réalité de l’enfant et son évolution.
Ainsi à côté des titres qui concernaient soit des enfants de 5 à 11 ans, soit des préadolescents ou adolescents, s’est développée, d’une part, une production s’adressant à la petite enfance et aux enfants d’âge maternel et, d’autre part, des titres visant les adolescents et les jeunes.


Les centres d’intérêt

Si pendant longtemps on a classé la production en deux grandes familles, la presse éducative et la presse récréative, il semble difficile aujourd’hui d’en rester à cette présentation. Si la frontière entre ces deux catégories est parfois difficile à trouver, un tel classement pourrait laisser supposer que les activités de distraction ou de re-création (au sens premier du terme) ne participeraient pas à l’éducation de leurs lecteurs ou qu’il serait difficile d’éduquer à partir de contenus distractifs. Cette complémentarité est même devenue un principe d’action chez de nombreux éditeurs qui ont su permettre au lecteur de s’ouvrir au monde, de trouver des informations, des connaissances, en s’appuyant sur des contenus et des formes d’intervention qui font appel au plaisir de découvrir, d’échanger, de pratiquer, de mettre en vie des projets divers.
Il est donc sans doute plus judicieux de distinguer les journaux à partir de leur conception générale.
Ainsi à côté de titres abordant différentes thématiques en relation avec l’univers quotidien de leurs lecteurs et qu’on peut qualifier de " généralistes ", on continue à trouver une presse qui dominait dans les années 60 - 70, liée à la musique, au spectacle, à des héros de télévision ou à certaines émissions. Progressivement on a vu apparaître des magazines spécialisés dans différents domaines : la lecture, la découverte scientifique, la nature et l’environnement, la découverte d’une langue étrangère, l’activité et le jeu, l’art, les jeux vidéo, la solidarité active entre les enfants. Plus récemment, le traitement de l’actualité a pris une ampleur notable soit dans des magazines spécialisés soit dans des suppléments ou des encarts de certains autres titres. Enfin il faut signaler les journaux produits par les mouvements de jeunesse, outils d’information, d’échanges et d’activités.


Les formes de traitement

Là encore les différentes équipes de rédaction ont su s’appuyer sur les travaux relatifs à la psychologie enfantine, à la lecture, à l’importance de l’image et s’entourer de compétences diverses dans ces domaines (psychologues, orthophonistes, bibliothécaires, enseignants...) en ayant également recours aux enfants eux-mêmes pour tester leurs différentes propositions.
Ainsi, la diversité des centres d’intérêts abordés se double d’une grande variété en ce qui concerne la manière d’intéresser le lecteur en tenant compte de la spécificité de l’âge auquel on s’adresse.
Dans la vie courante on lit pour s’informer, se documenter, se distraire, produire quelque chose. D’une manière générale, sur un même support, le magazine répond à ces différents besoins. Littéraires (contes, récits, bandes dessinées, poèmes, comptines, nouvelles), documentaires ou d’actualité (dossiers, enquêtes, reportages, fiches techniques), ludiques (tests, jeux, mots croisés, activités), centrés sur la relation aux autres (petites annonces, courrier des lecteurs), les différents contenus et la multiplication des entrées rédactionnelles ou visuelles, placent l’enfant dans des situations diversifiées et suscitent autant de projets de lecture.


Quelques données chiffrées

150 titres environ sont diffusés aujourd’hui.
La périodicité des titres est, elle aussi très diversifiée, du quotidien (un seul titre) au trimestriel, les mensuels étant les plus nombreux (40% environ)
Ils sont produits par une soixantaine d’éditeurs que l’on peut classer en trois grandes familles :
* une dizaine de groupes de presse produisant un nombre important de titres (de 8 à 20) et s’appuyant le plus souvent sur une politique de chaînage ;
* des groupes (plus de trente) qui ont une production plus spécialisée qui se concentre souvent sur un ou deux titres ;
* des éditeurs associatifs ou issus d’associations (une quinzaine environ).
On peut estimer que la production annuelle se situe entre 120 et 130 millions d’exemplaires (207 millions en 1974, année faste, et 137 millions en 1984).
Les éditeurs regroupés au sein du Syndicat de la presse des jeunes diffusent plus de 60 millions d’exemplaires annuellement pour une production mensuelle supérieure à 5 millions. Il est d’ailleurs intéressant de rapprocher ce chiffre de celui des lecteurs potentiels (de 9 mois à 18 ans) qui représente aujourd’hui 12 à 13 millions d’enfants ou de jeunes.
Par ailleurs si l’on observe l’économie de la presse jeunesse (deux milliards de francs) il faut souligner que les recettes financières de ces journaux proviennent essentiellement de la vente. Si la vente en kiosques a subi une forte régression dans les cinq dernières années la diffusion par abonnements constitue aujourd’hui une ressource majeure pour de nombreux titres. À la faiblesse des ressources publicitaires de ce type de presse s’ajoutent des coûts importants engendrés par la qualité recherchée (celle du papier, de l’illustration, de la mise en page, du traitement journalistique...) Enfin l’importance relative des tirages place certains titres dans une situation fragile.



L'apport de la presse des jeunes